Injustice qui perdure

Injustice qui perdure

Aujourd’hui débute la commémoration du centenaire du génocide arménien.

 

Lors de la Première Guerre mondiale, les Arméniens ont été victimes de l’un des massacres les plus atroces de l’histoire, où 1.5 millions de civils Arméniens ont été tués par les Turcs ottomans.

 

Nous, les Arméniens, commémorons le génocide le 24 avril, jour où l’Empire ottoman a rassemblé, arrêté et plus tard exécuté plusieurs centaines d’intellectuels arméniens incluant politiciens, avocats, écrivains, journalistes et professeurs.

 

Je suis descendante de survivants du génocide. Mes grands-parents ont été sauvagement expulsés de leur maison et ont été forcés de quitter leur pays natal. Le seul reproche était d’être arméniens et de vivre sur des terres qui allaient bientôt être vidées de tout civil arménien. C’était le plan de l’Empire ottoman.

 

Plusieurs historiens ont reconnu ceci comme étant le premier génocide du 20e siècle alors que d’autres débattent encore pathétiquement sur ce qui s’est réellement produit. Le fait est que, avant la Première Guerre mondiale, il y avait près de 2 millions d’Arméniens habitant dans l’Empire ottoman. En 1922, il en restait moins de 400 000; les autres ayant été tués ou expulsés vers d’autres pays.

 

De plus, avant le génocide, l’économie de l’Empire ottoman était en sérieux déficit d’un montant approximatif de 35 millions de livres turques. À la fin de la Première Guerre mondiale, l’Empire avait un surplus budgétaire de près de 85 millions de livres turques. Il ne faut pas être économiste pour comprendre comment un état peut profiter d’autant d’argent à la suite d’une guerre, à moins d’avoir confisqué les actifs et les propriétés de ses victimes.

 

Ce que je sais c’est que les racines de mes ancêtres ont été complètement détruites : leurs familles, leurs maisons, leur vie. Aujourd’hui, il y a une autre famille turque qui occupe la propriété et la maison de mes grands-parents depuis les 100 dernières années. Admettre le génocide exigerait compensation pour les propriétés et les biens pillés aux familles arméniennes, sans oublier la douleur et la souffrance endurées durant cette épreuve traumatisante.

 

Or, pour des raisons économiques et politiques, la reconnaissance du génocide arménien est devenue un sujet très sensible et contentieux. La Turquie a continuellement nié l’occurrence des massacres et des expulsions massives. D’autres pays, qui sont d’importants alliés de la Turquie, évitent honteusement le sujet ou changent carrément leurs déclarations officielles. Des politiciens parlent de génocide avant leurs élections, mais une fois élus, ils ne semblent pas s’en souvenir. Il en résulte une pure hypocrisie et une insulte à notre intelligence collective, cachant une tragédie humaine historique par des mascarades politiques.

 

Imaginez que quelqu’un vienne dans votre maison, tue les membres de votre famille, s’accapare de vos biens et s’installe dans votre propriété. Et que dire quand cette atrocité se répand dans votre rue, votre ville, votre pays tout entier ?

 

Maintenant imaginez que votre voisin ou un autre état ou pays observe ce massacre sans réagir. C’est ce qui est arrivé avec les puissances européennes lors de la Première Guerre mondiale : elles sont demeurées honteusement silencieuses. Et cette tragédie se perpétue : à ce jour, le génocide arménien continue d’être ignoré voire nié par certains gouvernements, ce qui est une insulte terrible à toutes les victimes.

 

Comme le dit Martin Luther King Jr : « À la fin, on ne se souviendra pas des mots de nos ennemis, mais du silence de nos amis ».

 

Cela dit, j’accorde le plus grand respect aux organisations de défense des droits de l’homme en Turquie qui ont continuellement appuyé les Arméniens dans leur demande de justice et de réparation. La semaine dernière, un groupe nommé « 100th Year – Stop Denialism » (100e Année – Arrêtez le déni) a publié une déclaration exigeant des excuses de leur gouvernement, ainsi que compensation et restitution pour le génocide arménien.

 

En tant qu’avocate, je travaille pour apporter justice à ceux qui ont subi des torts et tous les ans le 24 avril, je dois tristement admettre que l’un des plus importants combats de ma vie personnelle n’est toujours pas résolu.

 

Je dédie ce blogue aux remarquables avocats arméniens qui faisaient partie du groupe d’intellectuels déportés ou sauvagement exécutés par les ottomans, il y a cent ans aujourd’hui, jour également appelé « dimanche rouge »:

  • Krikor Zohrab, également juriste député dans le parlement ottoman et écrivain;
  • Aristakes Kasparian, également homme d’affaire et membre de l’assemblée nationale arménienne;
  • Harutiun Shahrigian, également chef du parti Dashnak et membre de l’assemblée nationale arménienne;
  • Parsegh Shahbaz, également journaliste;
  • D. Mateossian, également écrivain;
  • Harutiun Kalfayan, également Maire de Makrikoy;
  • Kaspar Cheraz, également personnage public;
  • K. Armuni
  • Boghos Danielian
  • M. Kundakjian
  • Margos Sefer
  • Margos Servet Effendi
  • D. Yerganian

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